A la demande de nombreuses paroissiennes, nous mettons en place à la rentrée un groupe de servantes de l’assemblée afin de permettre à chacune de participer à la liturgie et se rapprocher ainsi de la beauté du mystère eucharistique.

Le P. Matthieu répond à nos questions…

Dans notre paroisse, s’est exprimée une demande de la part de parents et de filles de pouvoir participer à la liturgie… Pourquoi proposer aux filles un groupe différent des servants d’autel ? L’Eglise l’interdit-elle ?

Non, l’Eglise n’interdit nullement aux filles d’être servantes. C’est un choix pastoral. Pour ma part, il est le fruit de l’expérience d’une dizaine d’année dans l’accompagnement des servants d’autel, et aussi de servantes de l’assemblée. C’est tout à fait pragmatique en fait…

Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce choix ?

La première raison est anthropologique : une fille et un garçon, ce n’est pas pareil. C’est différent à tous les niveaux de l’être humain, auquel la foi n’échappe pas. Quand ils sont jeunes et adolescents, ils ne vivent, ni n’expriment leur foi de la même manière.

Une deuxième raison est que dans un groupe de servants, on parle de foi et donc de quelque chose de très intime et de personnel. A ces âges-là, le regard de l’un(e) sur l’autre les bloque. Il n’est pas bon, pour que chacun se sente libre de s’exprimer, que les filles et les garçons soient mélangés.

Autre raison, que vous aurez tous constatée au sein de vos familles : la maturité n’est pas la même au même âge. Celle des filles est beaucoup plus précoce y compris en ce qui touche au spirituel. L’expérience montre que dans un groupe de servants, lorsqu’il y a des filles et des garçons, les filles font mieux et donc petit à petit les garçons partent…

De même, d’un point de vue tout à fait concret, les filles font des choses que les garçons ne font pas. Par exemple, faire lire un ado de 14 ans au micro c’est très compliqué et ils ne veulent pas… alors que les filles se proposent volontiers. Pareil pour chanter un psaume ou faire chanter : les filles le feront avec joie. Demander à des garçons d’accueillir à l’entrée de l’église, ils le feront de manière un peu pataude contrairement aux filles qui le feront avec le sourire naturellement.

« Les filles font mieux » et du coup on semble leur proposer un service qui semble moins « valorisant »… n’est-ce pas contradictoire ?

Le service de l’assemblée n’est pas moins valorisant que le service de l’autel. Dans la liturgie, non seulement l’autel et le prêtre représentent le Christ mais tout autant l’assemblée, corps du Christ. Avez-vous remarqué que pendant la messe l’on encense et l’autel et le prêtre et l’assemblée ? La valeur sacrée est la même… Pourquoi serait-il plus digne de servir l’un que l’autre ?

Je désire, dans notre monde où l’on essaie de nier la différence sexuée, la différence entre garçon et fille, offrir au moins encore un lieu où les garçons et les filles peuvent vivre quelque chose de leur côté, de manière séparée. Il n’y a plus beaucoup de lieu où les garçons puissent se retrouver entre eux et les filles entre elles. C’est fondamental notamment en ce qui concerne la foi et la spiritualité.

N’oublions pas non plus que les groupes de servants d’autel et de servantes de l’assemblée sont des lieux qui peuvent aider ces jeunes à discerner, à entendre leur vocation, ce à quoi Dieu les appelle, quelle qu’elle soit… dans les progressions spirituelles qu’on leur fera vivre dans les moments de groupe et de prière et de réflexion qu’ils pourront avoir…