… avec l’évangile selon St Matthieu (année A) !

L’évangéliaire du dimanche s’est refermé sur l’évangile de Luc (année C). Pour l’année B, on comprend qu’elle est réservée à Marc.

Les catholiques qui suivent l’ancienne liturgie entendent chaque année les mêmes passages d’évangile : 2 de Marc, 13 de Jean, 15 de Luc et plus de 20 dimanches celui de Matthieu. Est-ce pour cela que cet évangile est surnommé « l’évangile ecclésial » ? Mais on constate aussi que le mot « église » n’apparaît que trois fois, et uniquement dans l’évangile de Matthieu.

L’iconographie symbolise ces quatre évangélistes en référence à la vision du prophète Ézéchiel (1,1-14) reprise dans l’Apocalypse (4,7-8), celle des « Quatre Vivants » : l’Aigle pour Jean, le Taureau pour Luc, le Lion pour Marc et l’Homme pour Matthieu.

En effet l’évangile de Matthieu commence par tracer la généalogie humaine de Jésus, fils d’Abraham et fils de David. Le récit des deux premiers chapitres donne une place importante à Joseph. Seul Matthieu présente les Mages, les Innocents, la fuite en Égypte et l’installation à Nazareth.

Puis vient Jean-Baptiste (chap.3), la retraite au désert et l’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume d’Amour en Galilée (chap.4).

Jusqu’à la « semaine sainte » à Jérusalem (chap.26,27 et 28), Matthieu structure son évangile autour de cinq grands discours :

  • le discours sur la montagne de Galilée (chap. 5 à 7),
  • celui aux douze apôtres pour les instruire du Royaume (chap.10),
  • puis vient la présentation du Royaume en paraboles (chap.13),
  • un Royaume dont l’Église doit être le signe vivant et visible (chap.18),

enfin la naissance laborieuse du Monde Nouveau (chap.24 et 25).

Entre ces discours, Matthieu place des épisodes de la vie de Jésus que l’on retrouve en Marc et Luc, parfois uniquement en Luc. Est-ce à dire que Matthieu n’a rien d’original ?

Chaque évangile est écrit pour une communauté particulière. Eusèbe de Césarée (265-339) précise que Matthieu « l’a édité pour les croyants issus du judaïsme ». De nombreux indices confirment cette intention. Par exemple, il cite explicitement des extraits de l’Ancien Testament pour montrer comment la vie de Jésus leur donne sens. Avec les Béatitudes sur la montagne, il reprend le décalogue de Moïse au Sinaï. Il ne s’attarde pas, comme Marc, à expliquer des mots ou des coutumes propres aux Juifs. Il y a surtout cette affirmation de Jésus à une mère païenne qui implore pour sa fille : « Je ne suis venu que pour les brebis perdues de la maison d’Israël » (15,24) !

Pourtant, Matthieu n’enferme pas Jésus : c’est dans la « Galilée des nations » qu’il termine son évangile quand le Christ ressuscité dit à ses apôtres : « Allez, de toutes les nations faites des disciples…et moi je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles » (28,19-20). L’ange avait dit à Joseph à propos de l’enfant à naître : « on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit Dieu avec nous » (1,23).

Chaque dimanche, le Christ nous le redit par sa Parole (selon Saint Matthieu maintenant) et par le Pain de sa Vie : il est avec nous. Et tous les jours de la semaine, il reste notre Emma-nu-El, Dieu-avec-nous.

P. Pierre Hoffmann